Le GR20 en Corse représente l'un des défis les plus emblématiques pour les randonneurs en Europe. Surnommé "Fra li Monti" (entre les montagnes), ce sentier mythique traverse l'île de beauté sur près de 180 kilomètres, offrant un condensé exceptionnel de paysages sauvages et de défis techniques. Avec plus de 12 000 mètres de dénivelé cumulé, cette traversée de la Corse du nord au sud constitue une épreuve physique et mentale considérable qui attire chaque année des milliers de passionnés. Entre crêtes acérées, forêts denses et lacs d'altitude, le GR20 vous plonge dans une immersion totale au cœur d'une nature préservée et exigeante. Avant de vous lancer dans cette aventure hors du commun, une préparation méticuleuse s'avère indispensable pour transformer ce défi en une expérience inoubliable.

Histoire et caractéristiques du sentier GR20 en corse

Le GR20 a été créé en 1972 par les équipes du Parc Naturel Régional de Corse. À l'origine, ce tracé ambitieux visait à relier les villages montagnards de l'île tout en valorisant le patrimoine naturel exceptionnel de l'intérieur corse. Son nom officiel, "Fra li Monti" (entre les montagnes), illustre parfaitement sa vocation de traverser la chaîne montagneuse corse par ses plus hauts sommets. Depuis sa création, le sentier a connu quelques modifications, notamment après l'éboulement dans le Cirque de la Solitude en 2015, qui a entraîné une déviation permanente de l'itinéraire.

S'étendant sur 180 kilomètres entre Calenzana au nord et Conca au sud, le GR20 se caractérise par sa rudesse et sa technicité. Il cumule plus de 12 000 mètres de dénivelé positif sur l'ensemble du parcours et franchit neuf sommets dépassant les 2 000 mètres d'altitude. Le point culminant du sentier se trouve aux abords du Monte Cinto, toit de la Corse à 2 706 mètres. Le tracé est balisé par les traditionnelles marques rouge et blanc des GR, complétées par des cairns dans les zones rocheuses où la peinture ne tient pas.

Le GR20 est généralement divisé en 16 étapes classiques, nécessitant environ deux semaines de marche pour un randonneur moyennement expérimenté. Chaque étape représente entre 5 et 10 heures de marche, avec des distances quotidiennes relativement modestes (6 à 12 km) mais compensées par des dénivelés importants et un terrain souvent chaotique. Le sentier traverse cinq types de paysages caractéristiques de la Corse : maquis méditerranéen, forêts de pins laricio, plateaux d'altitude, zones rocheuses alpines et vallées glaciaires.

Le GR20 n'est pas qu'un simple sentier de randonnée, c'est une véritable institution pour les amateurs de trekking en Europe. Sa réputation de parcours le plus difficile du continent est largement méritée, mais les panoramas qu'il offre valent chaque goutte de sueur versée sur ses pentes escarpées.

Ce qui différencie le GR20 des autres sentiers de grande randonnée, c'est la rudesse quasi-constante du terrain. Sur la majeure partie du parcours, notamment dans sa section nord, vous progresserez sur des dalles rocheuses, des chaos granitiques et des pierriers instables qui mettent à rude épreuve les chevilles et les genoux. Les passages aériens et exposés sont nombreux, parfois équipés de chaînes ou de câbles pour sécuriser la progression. Cette configuration exigeante explique pourquoi seulement 70% des randonneurs qui s'élancent de Calenzana parviennent jusqu'à Conca.

Préparation physique et mentale pour affronter le GR20

La préparation physique constitue sans doute l'élément le plus crucial pour réussir votre aventure sur le GR20. Contrairement à d'autres randonnées où l'on peut "s'affûter en marchant", ce sentier corse requiert d'arriver déjà en excellente condition physique. Idéalement, un programme d'entraînement spécifique devrait débuter au moins trois mois avant votre départ. Ce programme doit cibler particulièrement l'endurance cardio-vasculaire, la force des membres inférieurs et la résistance du dos pour supporter le poids du sac à dos pendant plusieurs heures consécutives.

La préparation mentale joue également un rôle déterminant. Le GR20 vous confrontera inévitablement à des moments difficiles : fatigue intense, conditions météorologiques défavorables, passages techniques impressionnants... Votre capacité à gérer le stress, à persévérer malgré l'inconfort et à maintenir une attitude positive face aux difficultés fera toute la différence. Plutôt que de vous focaliser sur la distance totale, adoptez une approche d'étape par étape, en célébrant chaque refuge atteint comme une victoire.

L'acclimatation est un autre aspect à ne pas négliger. Si vous vivez en plaine, prévoyez si possible quelques sorties en moyenne montagne avant de vous attaquer au GR20. Cela permettra à votre organisme de s'habituer progressivement à l'effort en altitude et aux variations de température. De plus, ces sorties préparatoires seront l'occasion idéale de tester votre équipement et d'identifier d'éventuels points d'amélioration.

Programmes d'entraînement spécifiques au dénivelé corse

Pour préparer efficacement les importants dénivelés du GR20, un programme d'entraînement progressif s'impose. Commencez par trois séances hebdomadaires incluant course à pied ou vélo (45-60 minutes) pour l'endurance cardio-vasculaire. Ajoutez deux séances de renforcement musculaire ciblant particulièrement quadriceps, ischio-jambiers et mollets qui seront fortement sollicités en montée et en descente. Les exercices comme les squats, fentes et step-ups avec charge sont particulièrement efficaces.

À partir du deuxième mois, intégrez au moins une randonnée hebdomadaire avec dénivelé, en augmentant progressivement la difficulté. Idéalement, votre dernière sortie préparatoire devrait vous permettre d'enchaîner environ 1 000 mètres de dénivelé positif avec un sac lesté. Si vous habitez dans une région sans relief, les escaliers d'un immeuble ou d'un stade peuvent constituer une alternative acceptable. Montez et descendez pendant 1 à 2 heures avec votre sac à dos pour simuler les conditions du GR20.

Le fractionné en côte constitue un excellent exercice pour développer la puissance nécessaire aux montées corses. Trouvez une pente raide (30-40%) et alternez montées rapides (1-2 minutes d'effort intense) et récupération active en redescendant à un rythme modéré. Répétez 8 à 12 fois ce cycle. Cette méthode améliore significativement votre capacité à maintenir l'effort sur les sections raides du GR20.

Gestion des passages techniques comme le cirque de la solitude

Bien que le tracé historique du Cirque de la Solitude ait été modifié suite à l'accident mortel de 2015, le GR20 conserve de nombreux passages techniques qui nécessitent une préparation spécifique. Ces sections combinent souvent de l'escalade facile (cotation PD/PD+) et des traversées exposées où une chute aurait des conséquences graves. Pour vous préparer à ces difficultés, plusieurs options s'offrent à vous.

La pratique de l'escalade en salle constitue une excellente préparation, même à un niveau débutant. Elle vous permettra de développer votre équilibre, votre placement de pieds et votre gestion de la hauteur. Si possible, effectuez quelques sorties sur des parcours de randonnée alpine ou des via ferrata pour vous familiariser avec les sensations d'exposition et l'utilisation de chaînes ou de câbles pour la progression.

La maîtrise de la marche en désescalade (descente en position face au rocher) est essentielle sur le GR20. Cette technique, qui consiste à descendre en regardant la paroi plutôt que la pente, s'avère sécurisante dans les passages très raides. Entraînez-vous sur des pentes rocheuses sécurisées en utilisant quatre points d'appui (mains et pieds) et en privilégiant les mouvements lents et contrôlés.

  1. Identifiez les passages techniques majeurs du parcours avant votre départ
  2. Pratiquez la pose précise des pieds sur des terrains instables
  3. Habituez-vous à utiliser vos bâtons en terrain technique
  4. Apprenez à gérer votre centre de gravité en portant un sac à dos
  5. Maîtrisez quelques techniques basiques d'auto-assurage

Préparation au portage avec 10-15kg sur longue distance

Le portage constitue l'un des défis majeurs du GR20, notamment si vous optez pour l'autonomie complète. Votre sac contiendra au minimum eau, nourriture, vêtements techniques et équipement de couchage, pour un poids oscillant entre 10 et 15 kg selon votre degré d'autonomie. Cette charge, supportable en terrain plat, devient rapidement éprouvante sur les pentes corses.

La préparation au portage doit être progressive. Commencez vos randonnées d'entraînement avec un sac lesté à 5-6 kg, puis augmentez de 1 kg chaque semaine jusqu'à atteindre le poids prévu pour votre trek. Le renforcement spécifique du dos, des abdominaux et des trapèzes complètera efficacement cette préparation. Les exercices comme le farmer's walk (marche avec charges) ou les deadlifts à charge modérée sont particulièrement adaptés.

Une attention particulière doit être portée au choix et au réglage de votre sac à dos. Un modèle avec une bonne ceinture ventrale, des bretelles rembourrées et un dos bien ventilé fera toute la différence. Prenez le temps d'ajuster parfaitement votre sac lors des randonnées préparatoires : la charge doit reposer principalement sur les hanches, non sur les épaules. L'organisation du contenu est également cruciale, avec les éléments lourds placés contre le dos et au centre du sac pour optimiser l'équilibre.

Acclimatation à la haute altitude et aux conditions météorologiques extrêmes

Bien que le GR20 ne présente pas d'altitude extrême (point culminant à environ 2 700 m), l'enchaînement quotidien de dénivelés importants à ces altitudes peut provoquer une fatigue cumulative significative. L'organisme doit s'adapter à l'hypoxie relative (baisse de la pression partielle d'oxygène) qui caractérise ces altitudes moyennes. Pour favoriser cette acclimatation, privilégiez un début de parcours progressif, sans forcer l'allure les premiers jours.

Les conditions météorologiques sur le GR20 peuvent varier drastiquement, parfois en l'espace de quelques heures. En été, la température peut dépasser 30°C en journée pour chuter sous 5°C la nuit aux altitudes les plus élevées. La préparation mentale à ces amplitudes thermiques est essentielle. Entraînez-vous également à randonner sous différentes conditions (chaleur, pluie légère) pour identifier vos réactions physiologiques et adapter votre équipement.

Les orages constituent un danger réel en montagne corse, particulièrement entre juin et septembre. Apprenez à reconnaître les signes annonciateurs (cumulus bourgeonnants, lourdeur de l'air) et familiarisez-vous avec les protocoles de sécurité en cas d'orage : éviter les crêtes et les sommets, s'éloigner des objets métalliques, adopter la position de sécurité si vous êtes pris au dépourvu. Cette connaissance vous permettra de gérer sereinement ces situations potentiellement stressantes.

Équipement technique indispensable pour le GR20

L'équipement pour le GR20 doit répondre à un double impératif : légèreté maximale et efficacité technique face aux conditions exigeantes du parcours. Chaque gramme superflu se transformera en handicap après quelques jours de marche, mais l'absence d'un équipement essentiel peut compromettre votre sécurité ou votre progression. Cet équilibre délicat nécessite une sélection méticuleuse de chaque élément.

Le coeur de votre équipement repose sur trois systèmes : portage (sac à dos 35-45L avec protège-pluie), couchage (duvet adapté aux températures nocturnes + matelas isolant) et protection (vêtements techniques multicouches). Pour une autonomie complète, ajoutez un système de cuisine ultraléger et une tente 3 saisons résistante au vent. Si vous optez pour les refuges, votre charge sera considérablement allégée.

Au-delà de l'équipement classique, quelques éléments spécifiques s'avèrent particulièrement utiles sur le GR20 : guêtres courtes pour éviter l'intrusion de cailloux, gants légers pour les passages équipés de chaînes (particulièrement froides au contact), lunettes de soleil avec indice de protection élevé (catégorie 4) pour les sections d'altitude, et buff multifonction pour la protection contre le soleil, le vent ou le froid.

Chaussures de randonnée alpines vs semi-rigides pour les passages rocheux

Le choix des chaussures constitue sans doute la décision la plus cruciale concernant votre équipement pour le GR20. Le terrain majoritairement rocheux et technique du sentier impose des exigences spécifiques : excellente adhérence sur roche sèche et humide, bon maintien de la cheville et protection contre les impacts latéraux. Deux catégories principales s'affrontent : les chaussures alpines et les modèles semi-rigides.

Les chaussures alpines, caractérisées par leur tige haute et leur

semelle relativement rigide, offrent une excellente protection et un maintien optimal. Leur avantage principal sur le GR20 réside dans leur robustesse face aux chocs répétés et leur capacité à "cramponner" les surfaces irrégulières. Elles sont particulièrement adaptées aux randonneurs portant des charges lourdes ou présentant des antécédents de fragilité aux chevilles. Leur inconvénient majeur est leur poids plus élevé et une certaine perte de sensibilité au contact du terrain.

Les chaussures semi-rigides, plus légères et souples, privilégient l'agilité et le confort immédiat. Leur avantage principal est la liberté de mouvement qu'elles procurent, particulièrement appréciable dans les sections d'escalade facile où la précision du placement de pied est essentielle. Elles conviennent parfaitement aux randonneurs à la cheville stable et à l'expérience confirmée en terrain technique. Leur talon plus sculpté offre également un meilleur contrôle en descente sur terrain meuble.

Quel que soit votre choix, trois critères restent incontournables : une semelle Vibram ou équivalente à crampons prononcés, un chaussant parfaitement adapté à votre morphologie et un rodage préalable d'au moins 80 kilomètres. Cette période de familiarisation permettra non seulement d'assouplir la chaussure mais également d'identifier d'éventuels points de friction qui pourraient dégénérer en ampoules invalidantes sur le GR20.

Système de filtration d'eau et gestion de l'hydratation en montagne

La gestion de l'hydratation constitue un enjeu crucial sur le GR20. Si certaines étapes offrent un accès régulier à des sources fiables, d'autres sections, particulièrement sur les crêtes, imposent de porter des quantités d'eau importantes (jusqu'à 3 litres par personne). Pour alléger cette contrainte, un système de filtration d'eau devient un allié précieux, vous permettant d'exploiter des points d'eau mineurs que vous rencontrerez en chemin.

Trois solutions principales s'offrent aux randonneurs : les filtres à membrane (type Sawyer ou Katadyn), les filtres à charbon actif (moins efficaces contre les virus) et les comprimés de traitement chimique (Micropur ou Aquatabs). La solution optimale combine souvent un préfiltrage physique (pour éliminer les particules en suspension) et un traitement chimique (pour neutraliser les micro-organismes). Cette approche hybride garantit une sécurité maximale tout en limitant le goût désagréable parfois associé aux traitements chimiques.

Pour le transport de l'eau, privilégiez un système mixte : une poche à eau (1,5 à 2L) connectée à un tube d'hydratation pour boire régulièrement sans arrêter la marche, complétée par une gourde rigide de 1L facilement accessible pour le remplissage aux sources. Cette combinaison optimise à la fois la praticité et la capacité totale. N'oubliez pas qu'une déshydratation même légère (perte de 2% du poids corporel) peut réduire vos capacités physiques de 20%, un handicap considérable sur le GR20.

Équipement de protection contre les intempéries corses

La météorologie corse en montagne se caractérise par sa grande variabilité et ses extrêmes potentiels. Même en plein été, les orages violents et soudains ne sont pas rares, tandis que le vent peut souffler en rafales dépassant 80 km/h sur les crêtes. Face à ces conditions, votre équipement de protection doit conjuguer légèreté et performance technique absolue, sans compromis possible sur la qualité.

Votre première ligne de défense repose sur une veste imperméable respirante (membrane Gore-Tex ou équivalent) avec capuche ajustable et fermetures étanches. Optez pour un modèle offrant une imperméabilité minimale de 15 000 mm de colonne d'eau et une respirabilité d'au moins 15 000 g/m²/24h. Ce compromis technique vous protégera efficacement contre les précipitations tout en évacuant la transpiration générée par l'effort intense. Complétez avec un surpantalon imperméable léger, facilement enfilable sans retirer vos chaussures.

Au-delà de la protection contre l'humidité, votre système vestimentaire doit intégrer une défense efficace contre le froid, même en été. Une doudoune ultralégère compressible (garnissage synthétique plutôt que duvet pour conserver ses propriétés isolantes même humide) constitue un élément stratégique pour les pauses et les soirées fraîches. Ajoutez une couche intermédiaire type polaire fine (100-200g) et une couche de base technique à séchage rapide pour compléter votre système multicouche.

Bâtons télescopiques et matériel d'aide à la progression

Sur le GR20, les bâtons télescopiques ne représentent pas un accessoire facultatif mais un équipement fondamental qui transformera radicalement votre expérience. Leur utilisation adéquate peut réduire jusqu'à 30% les contraintes exercées sur vos articulations en descente et améliorer significativement votre équilibre en terrain instable. Choisissez un modèle en trois sections, offrant un bon compromis entre solidité et compacité une fois replié.

La matière des bâtons mérite attention : le carbone offre légèreté et absorption des vibrations supérieures mais présente un risque de rupture nette en cas de contrainte excessive, tandis que l'aluminium, légèrement plus lourd, ploiera avant de casser, laissant une chance de réparation provisoire. Les poignées en liège naturel ou en mousse EVA absorbent la transpiration et limitent les frottements, un détail crucial après plusieurs jours d'utilisation intensive.

Parmi les autres aides à la progression, envisagez l'emport d'une paire de gants légers à paume renforcée pour les passages équipés de chaînes ou câbles, particulièrement dans la partie nord du sentier. Un cordon court (2-3 mètres) de type cordelette d'escalade (6mm) peut également s'avérer précieux pour sécuriser un passage délicat ou hisser un sac dans un passage vertical. Enfin, pour certains randonneurs, des mini-crampons amovibles type "chaînettes" apportent une sécurité supplémentaire sur les dalles inclinées après la pluie.

Itinéraire détaillé et variantes du GR20

L'itinéraire classique du GR20 se décompose en 16 étapes, reliant Calenzana à Conca sur 180 kilomètres. Cette segmentation traditionnelle correspond généralement aux emplacements des refuges du Parc Naturel Régional de Corse, espacés d'environ 5 à 8 heures de marche. Cependant, selon votre condition physique, vos contraintes temporelles ou les conditions météorologiques, de nombreuses variations sont possibles, incluant le fractionnement ou la fusion d'étapes.

La division la plus naturelle du GR20 s'effectue à Vizzavona, point médian qui sépare le tracé en deux sections aux caractéristiques bien distinctes. La partie nord, réputée plus technique et alpine, met l'accent sur la verticalité et les passages rocheux exposés. La partie sud, sans être facile, propose un terrain plus roulant et des paysages plus forestiers. Cette configuration permet d'envisager des parcours partiels pour les randonneurs disposant d'un temps limité ou souhaitant s'initier progressivement aux difficultés du GR20.

L'orientation traditionnelle, du nord au sud, présente l'avantage d'affronter les sections les plus exigeantes en début de parcours, lorsque les jambes sont encore fraîches et la motivation intacte. Néanmoins, certains randonneurs préfèrent l'orientation inverse, qui permet une progression graduelle dans la difficulté et une meilleure acclimatation à l'altitude. Votre choix dépendra largement de votre expérience préalable en randonnée alpine et de votre préférence personnelle entre démarrer fort ou finir fort.

Étapes nord : de calenzana à vizzavona avec focus sur monte cinto

La section nord du GR20 comprend généralement 9 étapes caractérisées par leur technicité et leur engagement. L'aventure débute à Calenzana, village typique à 275 mètres d'altitude, par une première journée particulièrement exigeante qui vous propulse rapidement en altitude avec plus de 1 300 mètres de dénivelé positif jusqu'au refuge d'Ortu di u Piobbu. Cette entrée en matière sans concession constitue un véritable filtre qui teste immédiatement la préparation des randonneurs.

Les étapes suivantes enchaînent les passages emblématiques comme la traversée sous le Capu Tafunatu (montagne percée d'un trou spectaculaire), les crêtes de Paglia Orba offrant des vues vertigineuses sur la vallée du Golo, ou encore le cirque de Bonifatu avec ses impressionnantes parois. Le point culminant de cette section se situe aux abords du Monte Cinto (2 706 m), toit de la Corse, que le GR20 contourne par l'est en passant par le refuge de Petra Piana, situé dans un environnement minéral saisissant à 1 842 mètres d'altitude.

Parmi les passages techniques majeurs du nord figurent la traversée des Spasimata avec ses échelles métalliques scellées dans la roche, les dalles inclinées entre Carrozzu et Ascu, et l'ascension vers Bocca Minuta qui impose une progression en utilisant pieds et mains sur certains segments. Ces sections se négocient sans difficulté par temps sec, mais peuvent devenir significativement plus délicates par temps humide ou venteux, nécessitant alors une vigilance redoublée et parfois une adaptation d'itinéraire.

Étapes sud : de vizzavona à conca et les forêts de bavella

La section sud du GR20 débute au col de Vizzavona, carrefour stratégique accessible par la route et desservi par le train corse, ce qui en fait un point d'entrée ou de sortie idéal pour ceux qui souhaitent fractionner le parcours. Comptant 7 étapes jusqu'à Conca, cette partie méridionale offre un visage différent du GR20 : plus boisée, moins rocheuse, avec des profils légèrement moins verticaux, elle n'en demeure pas moins exigeante avec ses longues traversées et ses dénivelés soutenus.

Parmi les temps forts de cette section figurent la traversée des bergeries de Capannelle avec leurs productions fromagères traditionnelles, le plateau du Cuscione aux allures de steppe d'altitude, et bien sûr le spectaculaire massif de Bavella dominé par ses aiguilles granitiques aux formes fantasmagoriques. La forêt de Vizzavona, composée de pins laricio centenaires, et celle d'Asinau offrent des ambiances mystérieuses et des refuges ombragés bienvenus lors des journées caniculaires estivales.

Le terrain, globalement plus roulant qu'au nord, permet souvent d'allonger les étapes pour les randonneurs aguerris. Ainsi, il n'est pas rare de voir des trekkeurs expérimentés fusionner certaines portions comme l'enchainement Vizzavona-Capannelle-Prati ou Prati-Usciolu-Asinau pour les plus endurants. L'ultime descente vers Conca, bien que moins spectaculaire que certains passages précédents, reste un moment chargé d'émotion pour ceux qui achèvent la traversée intégrale, avec l'apparition progressive de la mer Méditerranée à l'horizon.

Variantes alpines et échappatoires stratégiques

Le GR20 officiel propose déjà plusieurs variantes intégrées au tracé principal, souvent identifiées par des balises spécifiques. La plus célèbre est sans doute l'ancienne traversée du Cirque de la Solitude (actuellement fermée suite à un accident mortel) remplacée par une variante équipée plus technique qui contourne la zone dangereuse. D'autres alternatives officielles existent comme le contournement de la Punta Muvrella ou la variante des crêtes entre Usciolu et Matalza offrant des panoramas encore plus vertigineux que le tracé standard.

Pour les randonneurs expérimentés recherchant un défi supplémentaire, plusieurs variantes alpines non balisées permettent d'intégrer l'ascension de sommets emblématiques. L'ascension du Monte Cinto depuis Haut-Asco, celle du Paglia Orba depuis Ciottulu di i Mori, ou encore la traversée intégrale des aiguilles de Bavella constituent des détours exigeants mais inoubliables. Ces options, réservées aux randonneurs maîtrisant l'orientation et possédant une expérience en terrain alpin, nécessitent souvent une journée supplémentaire et des conditions météorologiques parfaites.

À l'inverse, le GR20 dispose de nombreuses échappatoires permettant de rejoindre la civilisation en cas de problème ou de fatigue excessive. Les plus stratégiques se situent à Haut-Asco, au col de Vergio, à Vizzavona, au col de Verde et à Bavella, tous accessibles par la route. Ces points d'évacuation naturels divisent le parcours en segments relativement autonomes, ce qui permet d'envisager sereinement une progression par étapes sur plusieurs années pour ceux qui ne peuvent consacrer deux semaines continues à cette aventure.

Traversée intégrale vs sections sélectives pour randonneurs intermédiaires

La traversée intégrale du GR20 représente un défi considérable nécessitant une préparation minutieuse, une disponibilité de 14-16 jours et une condition physique optimale. Cette approche offre la satisfaction incomparable d'avoir parcouru l'un des sentiers les plus difficiles d'Europe dans son intégralité, avec une immersion totale dans l'environnement montagnard corse. L'évolution progressive de la végétation et des paysages, du nord au sud, ne se perçoit pleinement que dans cette configuration.

Pour les randonneurs intermédiaires ou ceux disposant d'un temps limité, plusieurs sections autonomes d'une semaine environ peuvent constituer une excellente alternative. Le parcours Calenzana-Vergio (4-5 jours) concentre les passages les plus techniques et spectaculaires du nord. La section Vergio-Vizzavona (3-4 jours) offre une transition entre ambiances alpines et forestières. Enfin, le tronçon V